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Full text of "La réforme économique et sociale : conférence faite au Cercle commercial et industriel de France le 10 octobre 1918"

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50.944 
G86r 



GEORGES VALOIS 



LA RÉFORME 
ÉCONOMIOUE & SOCIALE 



LA REORGANISATION INDUSTRIELLE 
ET LES DOCTRINES ÉCONOMIQUES 
l'individualisme, LE SOCIALISME MARXISTE 
LE SYNDICALISME 

ESQUISSE d'une SOLUTION SYNDICALISTE 
POUR LA DÉMOBILISATION 
ET POUR LA PART DU COMBATTANT 




NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE 

11, RUE DE MÉDICIS, PARIS 
MCMXVIII 



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Theft, mutilation, and underlining of books 
are reasons for disciplinary action and may 
resuit in dismissal from the University. 
University of Illinois Library 


flPR 19 I9B 




L161— O-1096 



LA RÉFORME 

ÉCONOMIQUE ET SOCIALE 



I 



A LA MÊME LIBRAIRIE 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



VHomme qui vient. Philosophie de l'autorité. (Couronné 
par l'Académie française.) 

La Monarchie et la classe ouvrièr'e. La Révolution sociale 
ou le Roi. Les Résultats d'une enquête. (^Nouvelle édition, 
augmentée d'une préface : Les enseignements de cinq ans : 
1909-1914.) 

Le Père. Philosophie de la famille. 

Le Cheval de Troie. Réflexions [sur la philosophie et |sur 
la conduite de la guerre. 

EN COLLABORATION AVEC FRANÇOIS RENIÉ *. 

Les Manuels scolaires. Études sur la Religion des Pri- 
maires. 



GEORGES VALOIS 



LA RÉFORME 

ÉCONOMIQUE ET SOCIALE 

CONFÉRENCE 

AU CERCLE COMMERCIAL ET INDUSTRIEL DE FRANCE 
LE lO OCTOBRE IQlS 



LA RÉORGAMSATION INDUSTRIELLE 
ET LES DOCTRINES ÉCONOMIQUES : 
l'individualisme, LE SOCIALISME MARXISTE 
LE SYNDICALISME 



ESQUISSE d'une SOLUTION SYNDICALISTE 
POUR LA DÉMOBILISATION 
ET POUR LA PART DU COMBATTANT 




NOUVELLE LIBRAHUE NATIONALE 

II, RUE DE MÉDICIS, PARIS 
M G M X V II 



La conférence reproduite dans ce petit livre a été faite le 
10 octobre 1918, au 82^ déjeuner-conférence du Cercle 
Commercial et Industriel de France, 29, boulevard des Ita- 
liens, à Paris, sous la présidence de M. Georges Blondel, 
professeur au Collège de France, à l'Ecole des Sciences poli- 
tiques et à l'Ecole des Hautes Etudes Commerciale, le C** de 
Villiers étant président du Cercle et M. Jules Lepain, 
directeur. 

A la suite de cette conférence, le Cercle Commercial et 
Industriel a pris l'initiative d'une adresse accompagnée d'un 
vœu qui sera présenté à M. le Président du Conseil, Ministre 
de la Guerre. Le lecteur trouvera cette adresse et ce vœu 
imprimés sur une carte postale, encartée dans le présent 
opuscule, carte qu'il est instamment prié de faire connaître 
autour de lui, de signer et de retourner au Cercle Commer- 
cial et Industriel, 29, boulevard des Italiens, à Paris. 

NOTE DES ÉDITEURS 



Il a été tiré de cet ouvrage cinquante exemplaire^ 
sur Vergé pur fd des Papeteries Lnfuma à Vairon. 

i 

Tous droits de reproduction, de traductiou et d'adaptation réservé» 
pour tous pays, 

GOPYRiaUT 1918, DT GEORGES VALOIS 



LA RÉFORME 

ÉCONOMIQUE ET SOCIALE 



Messieurs, 

m Au moment où la Victoire, en chantant, 
race à Fesprit français la voie des destinées 
[heureuses et fortes, nous vous demandons de 
;ous recueillir pour considérer les redoutables 
problèmes de la paix prochaine. 
P L'avenir de notre pays, l'avenir de la civi- 
^lisation même dépendent des directions que 
^nous nous donnerons pour entrer dans la paix, 
irections politiques, économiques et sociales, 
ous ne parlerons pas ici des premières. Mais 
ous vous invitons à chercher les secondes, 
'sans préjugés comme sans illusions. 
^ Les plus grandes espérances peuvent au- 
jiourd'hui nous animer. Mais ne nous dissi- 
^muions pas que, en même temps, la plus 



6 



LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



grosse menace pèse sur Tavenir si nous n'avons 
pas Fesprii, le cœur et les bras assez forts pour 
saisir et fixer les destinées qui nous sont of- 
fertes. Nous prévoyons un développement 
économique intense. Nous savons qu'il est 
nécessaire et possible. Pour le préparer, nous 
renouvelons nos méthodes industrielles et 
commerciales.. Nous nous associons ; nous 
fondons mille associations pour notre renou- 
vellement et pour notre expansion. Mais qui, 
parmi nous, ne sait que cette préparation, ces 
efforts seront vains si, parallèlement, nous ne 
travaillons pas à éliminer ces lourdes erreurs 
répandues en France et dans le monde depuis 
cinquante ans, qui ont stupéfié un certain 
nombre d'intelligences de la bourgeoisie, en 
même temps qu'elles fanatisaient de nombreux 
esprits ouvriers. A quoi servirait la Victoire, 
à quoi servirait la préparation de notre re- 
nouvellement économique, si, d'un coup, 
notre organisation devait ê tre brisée par l'explo- 
sion — préparée, voulue par un petit nombre 
d'hommes — de ces forces qui menacent la 
France et la civilisation tout entière.^ Le spec- 
tacle de la Russie effondrée fournit la réponse 
à notre imagination. 

Qu'une telle catastrophe soit possible, cela 



LE PROBLEME DE LA PAIX. 



7 



n'est pas niable. Qu'elle puisse être évitée, et 
que la civilisation puisse prendre un nouvel 
essor, c'est ce que l'on peut affirmer résolu- 
ment. Encore faut-il voir exactement les don- 
nées du problème, ne pas s'en remettre à 
l'Etat ou à la Providence du soin de le ré- 
soudre; ne pas suivre ce que l'on appelle le 
cours des événements. C'est aux citoyens, aux 
hommes responsables de la vie économique 
qu'il appartient de préparer l'avenir et d'orga- 
niser les événements. 



LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE DE LA PAIX 



Le problème qui nous occupe est antérieur 
à la guerre. Mais la guerre en a démesurément 
accru et multiplié les termes. Représentons- 
nous que, en peu de temps, des millions 
d'hommes seront rendus à la vie économique : 
ces millions d'hommes, qui auront soufFert 
moralement et matériellement, qui auront 
perdu leur épargne, leur situation^ leur for- 
tune, rentreront avec des exigences légitimes 
et des passions mêlées dont on peut tout at- 
tendre, le mieux et le pire. Ils trouveront une 
situation économique profondément modifiée, 
troublée et déséquilibrée, et ils seront plongés 
immédiatement dans un milieu où le patrio- 
tisme et le socialisme sont également vivants, 
mais où le socialisme, qui a perdu presque 
tout prestige intellectuel, promet plus de 
satisfactions apparentes aux passions d'hommes 
qui se demandent par quoi ils seront payés de 
leur long sacrifice ► 



LE PROBLEME DE LA PAIX. 



9 



Il n'est pas bien difficile de prévoir que ces 
hommes seront les ouvriers de notre renou- 
vellement et de notre prospérité ou briseront 
la maison, selon que leur rentrée aura été pré- 
parée ou non. 

Si le patriotisme, si les chefs de l'industrie 
et du commerce organisent intellectuellement, 
économiquement, socialement, la rentrée des 
mobilisés, on peut affirmer que le retour des 
combattants marquera Touverture d'une ère 
de prospérité sans égale. Si la bourgeoisie 
manquait à sa tâche d'organisatrice et de con- 
ductrice, elle livrerait ces masses d'hommes 
à celte fraction du socialisme qui a essayé de 
réaliser certaines de ses conceptions sous le 
couvert de la guerre et qui escompte la démo- 
bilisation comme le point de départ d'un mou- 
vement révolutionnaire. 

En tout élat de cause, en tout temps et en 
tout pays^ la réintégration de millions d'hom- 
mes dans la vie économique et le déplacement 
brusque de plusieurs centaines de mille ou- 
vriers poseraient un grave problème. La gra- 
vité du problème est singulièrement accrue du 
fait qu'un groupe d'hommes, exploitant une 
doctrine d'apparence généreuse, mais radica- 
lement fausse, se tient prêt à exploiter cette 



10 LA RÉFORME ECONOMIQUE. 

situation engendrée par la guerre. Et la prépa- 
ration de la paix et de la prospérité futures se 
trouve poser le même problème sous trois 
formes : 

Economique, car il s'agit d'assurer une fonc- 
tion aux producteurs qui reviendront des ar- 
mées et à ceux qui sont affectés aux industries 
de guerre; 

Sociale, car il s'agit d'établir de nouveaux 
rapports entre les classes et de tenir compte 
des idées et des sentiments qui seront rapportés 
par ceux qui auront sauvé le pays et enfanté 
la victoire ; 

Intellectuelle enfin, car il s'agit de reviser 
les principes mêmes de l'ancienne économie, 
qui sont inopérants dans les temps présents, 
- — de définir les principes de l'action, en cher- 
chant à les dégager par l'interprétation des 
phénomènes économiques nouveaux. 

Considérons avec une attention particuUère 
ce dernier aspect. Idées et doctrines vont jouer 
un rôle capital dans l'organisation économique 
des nations, de môme qu'elles ont joué un rôle 
capital dans la guerre. Elles commanderont la 
croissance ou la déchéance des peuples. Re- 
gardez-les agir dans les événements de ces 
cinquante dernières années : c'est une idée, 



LE PROBLÈME DE LA PAIX. 



c'est une doctrine qui a fondé l'Empire alle- 
mand, lui a donné sa puissante organisation 
politique et économique, et qui a lancé ses 
armées dans la guerre pour réaliser la concep- 
tion allemande du monde; c'est une idée, c'est 
une doctrine (largement exploitée par la pro- 
pagande allemande) qui, par une révolution 
accomplie selon les plus purs dogmes marxis- 
tes, a ruiné en Russie l'œuvre de deux siècles 
de civilisation européenne et a rejeté les peu- 
ples russes dans un état social au-dessous de 
celui qu'ils avaient connu au temps de la Horde 
d'Or. C'est la même idée^ c'est la même doc- 
trine, celle du socialisme marxiste, qui me- 
nace de détruire la civilisation que les armées 
alliées ont sauvée sur la Marne. Nous n'aurons 
rien fait si nous sommes impuissants à ruiner 
cette idée, la plus folle erreur des temps mo- 
dernes. Nous n'aurons rien fait si nous sommes 
incapables de lui opposer une idée, une doc- 
trine propres à animer une puissante écono- 
mie, et d'apporter la vérité économique et so- 
ciale aux intelligences qu'elle a dévoyées. 

La tâche est grande, mais singulièrement 
facilitée par le mouvement des esprits en 
France. Quelle qu'elle soit, au reste, elle est 
nécessaire. Pour la soutenir, nul de vous ne 



« 



12 LA RÉFORME ÉCONOMIQUE. 

compte sur la force. Aussi bien, c'est à l'in- 
telligence que l'on fait appel: c'est au senti- 
ment des responsabilités que l'on s'adresse. 
Quiconque exerce un commandement dans 
l'économie, quiconque est responsable du tra- 
vail des hommes, doit remplir les devoirs de 
sa charge et préparer, par son action profes- 
sionnelle et morale, l'avenir où les Français 
trouveront l'ordre, la prospérité et la justice 
pour lesquels ils combattent aujourd'hui. 



LES SYSTÈMES ÉCONOMIQUES 



Pour résoudre les problèmes économiques 
et sociaux que Tavant-guerre a laissés en sus- 
pens et que la guerre a multipliés, trois sys- 
tèmes nous sont proposés : l'individualisme 
économique, le socialisme marxiste, le syndi- 
calisme (ce dernier est en formation). 

N'hésitons pas à dire que les deux premiers, 
dans les circonstances à prévoir, nous vau- 
draient la guerre et, vraisemblablement, la 
plus grande catastrophe que l'humanité ait 
connue. 



i4 



LA RÉFORME ÉCOiN OMIQUE. 



l'iindividualisme 

Si nous laissions au vieux principe du 
(( Laissez- faire, laissez-passer », de la liberté 
da travail, de la liberté commerciale et indus- 
trielle, du libre jeu de l'offre et de la demande 
individuelle, le soin de régler la réintégration 
des mobilisés dans la vie économique, le dé- 
placement de milliers et de milliers d'ouvriers 
occupés actuellement aux travaux de la guerre, 
de compenser les pertes subies par les combat- 
tants pendant la guerre, et enfin d'assurer 
notre réorganisation économique^ il est tout 
à fait certain que nous laisserions s'établir en 
France le plus beau désordre que l'on puisse 
imaginer et que nous déchaînerions un jeu de 
passions et d'appétits auxquels l'armature éco- 
nomique du pays ne résisterait pas. Il ne faut 
pas grand effort d'imagination pour se repré- 
senter les troubles de toutes sortes qui résul- 
teraient de la recherche inorganisée de la main- 
d''œuvre^ de l'exode de masses ouvrières à la 
recherche du travail, et du retour de millions 
d'ouvriers agricoles, d'employés du commerce 
et de l'industrie qui, ne rapportant de la 
guerre que leurs croix et leurs médailles, ne 



L*INDIVIDUALISME. l5 

trouvant pas leur place* préparée, se demande- 
raient pourquoi ils se sont battus. Il suffit 
d'esquisser cette situation pour en faire appa- 
raître le péril et par- dessus tout la violente in- 
justice à l'égard des combattants particulière- 
ment. Mais ce serait un véritable crime à 
l'égard de la nation que de la laisser s'établir. 

Sans contestation possible, l'individualisme 
économique est radicalement impuissant à ré- 
soudre les problèmes posés par la guerre. 
Ajoutons que son règne est absolument fini. 
Je ne rechercherai pas ici s'il a rendu des 
services au cours du dernier siècle. Cela peut 
se soutenir. Mais nous nous occupons de 
l'avenir. L'expérience de l'avant-guerre et de 
la guerre montre que les nécessités écono- 
miques et sociales ne s'accommoderaient plus 
de l'individualisme économique et nous nous 
condamnerions à la ruine si nous continuions 
d'en appliquer les principes périmés. 

Aussi bien, ce système (si l'on peut nommer 
système une manière d'agir qui livre tout à la 
fantaisie individuelle), aussi bien ce système 
est-il en grande défaveur parmi nous aujour- 
d'hui. Mais que d'erreurs économiques et 
sociales nous fait encore commettre le pres- 
tige attaché aux idées de liberté du com- 



l6 LA RÉFORME ÉCONOMXQUE. 

merce^ de Findustrie, ou de liberté du tra- 
vail I Combien de chefs d'entreprise se re- 
tranchent encore dans Findividualisme et 
refusent de se concevoir comme membres so- 
lidaires d'une corporation industrielle et com- 
merciale, afin de trouver un profit qu'ils 
croient plus grand (et qui est plus maigre, 
tout compte fait) dans la fausse liberté où ils 
vivent? Habitudes d'esprit qui survivent aux 
dogmes qui les ont fait naître et contre les- 
quelles il nous faudra faire une propagande 
inlassable. Nous y reviendrons tout à l'heure. 

LE SOCIALISME MARXISTE 

Considérons maintenant le second système 
qui nous est présenté : le socialisme marxiste. 
J'insiste tout d'abord sur une nuance de quali- 
fication, qu'il convient d'observer afin d'éviter 
de redoutables malentendus. Je dis : socia- 
lisme marxiste, et non socialisme tout court. 
Il y a eu en France un socialisme qui était 
une simple réaction contre l'individualisme 
économique et qui aurait pu collaborer heu- 
reusement à l'organisation industrielle. Ce 
socialisme, dont la plus grande figure a été 
Proudhon, a été presque entièrement recou- 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



17 



vert par l'action du socialisme germanique 
qui lui a substitué le marxisme. Actuellement, 
dans la plupart des pays d'Europe, c'est le 
marxisme qui l'emporte sur les autres formes 
du socialisme, et c'est précisément lui qui a 
propagé dans le monde ouvrier ces erreurs 
énormes qui ont engendré le maximalisme 
russe et qui agitent les classes ouvrières du 
sud de l'Europe. C'est cette forme du socia- 
lisme qui nous intéresse, car c'est elle qui 
tente de se réaliser par les essais de socialisme 
d'Etat que nous avons vu naître, qui tente 
d'organiser les classes ouvrières pour les mou- 
vements d'après-guerre^ qui s'offre enfin aux 
combattants pour la liquidation de la guerre 
ou pour l'exploitation de la paix. 

Si nous laissions à ses principes la direction 
des événements, il est évident que nous livre- 
rions le monde européen à l'incendie et que 
nous déchaînerions sur la planète des fléaux 
plus terribles que le choléra et la peste bu- 
bonique. L'expérience faite aux frais des 
peuples russes est là pour nous l'enseigner. 
Mais la raison nous l'enseignait avant que les 
maximalistes eussent établi ce qu'ils osent 
nommer la dictature de prolétariat. 

Il est étrange que, chez nous, avant la 



VALOIS RÉFORME» 



l8 LA RÉFORME ÉCONOMIQUE. 

guerre, et même pendant la guerre, quelques 
représentants plus ou moins éminents de la 
bourgeoisie française aient eu à Tégard du 
socialisme une singulière faiblesse d'esprit : 
on a entendu, on entend encore, d'honorables 
capitalistes déclarer qu'ils sont socialistes, ou 
que la réalisation du socialisme est inévitable en 
vertu des lois de l'évolution économique. Cette 
attitude mairque la plus fâcheuse paresse de 
l'intelligence et masque une absence totale de 
caractère ; c'est Tattitude d'hommes qui su- 
bissent, stupéfiés, les prétentions scienti- 
fiques du marxisme, et qui, par surcroît, 
tentent de prendre une assurance contre les 
violences qu'ils redoutent. Mais c'est très 
exactement la méthode de Gribouille. Mieux 
vaut regarder de front cet épou vantail, dût 
notre tête trembler un peu sur nos épaules. 
Nous savons tous que la lâcheté n'a jamais fait 
une belle carrière dans le monde. 

Par l'artifice d'une double imposture, le 
socialisme marxiste se présente à la fois 
comme l'expression des volontés ouvrières et 
comme la doctrine scientifique par excellence. 
Avant d'examiner ses prétentions scientifiques, 
il convient de faire une distinction fondamen- 
tale. Cette doctrine, qui est soutenue aujour- 



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^p iJBd jiioj m] la 'ajjanS xî\ ap aiinpiioa tîi ^ aauuop b \\j\h iioisindiui asna.inoSiA 
Linod iiontîJïmpB iud\ ap uoissaidxaj 'ajjano op aJiSTUiiç 'iiasiioo np juapisajj a{ ']i 
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LE SOCIALISME MARXISTE. 19 

d'hui par un nombre assez considérable d'ou- 
A^riers européens, est-elle d'origine ouvrière, 
exprime-t-elle les revendications ouvrières? 
Il n'y a aucun doute là-dessus; elle est com- 
plètement étrangère aux classes ouvrières, elle 
a été imposée au mouvement ouvrier par les 
manœuvres et les intrigues des intellectuels et 
des politiciens du socialisme international. 
Cette doctrine, qui entend exproprier les capi- 
talistes au profit des oua riers de la terre et de 
l'usine, parce qu'elle considère le bénéfice 
capitaliste comme un vol, ce n'est pas une 
invention ouvrière, c^est une invention d'in- 
tellectuel, propagée par des intellectuels d'ori- 
gine bourgeoise. 

Vous savez fort bien que le différend qui 
existe aujourd'hui entre les chefs de l'éco- 
nomie et un certain nombre d'ouvriers de 
l'industrie ne concerne pas les questions de 
salaire. On peut résoudre comme l'on voudra 
les problèmes des salaires, créer mille institu- 
tions en faveur des classes ouvrières, on ne 
résout pas la question centrale. Les chefs du 
mouvement ouvrier révolutionnaire ne vous 
cachent pas que les buts qu'ils poursuivent, 
c'est l'abolition du profit capitaHste, l'aboli- 
tion du patronat, l'expropriation du capita- 



20 LA RÉFORME ECONOMIQUE. 

lisme, la socialisation des moyens de produc- 
tion et par surcroît F abolition des patries. 
Voilà ce que Ton nous présente comme vo- 
lontés ouvrières. Or, ces prétendues volontés 
ouvrières sont issues de la pensée de Marx et 
sont le fruit d'une énorme erreur intellectuelle. 

L'erreur marxiste, La théorie de la plus-value. 

Cela vient directement d'une pensée maî- 
tresse de Foeuvre marxiste, la théorie de la 
plus-value, construite sur une fausse théorie 
de la valeur, que Marx et ses commentateurs 
ont présentée comme le résultat de recherches 
scientifiques. Il n'est pas exagéré de dire que 
les quelques douzaines de pages où Marx fit 
sa théorie de la plus-value, ont commandé la 
direction révolutionnaire prise par les socia- 
listes et les plus actifs des syndicalistes. L'an- 
tagonisme des classes ouvrières et des classes 
bourgeoises est de nature purement écono- 
mique; il est normal, et se résout sans cesse 
par les accords de fait ou de droit que con- 
cluent et renouvellent les intéressés. Mais la 
volonté révolutionnaire des groupes ouvriers 
tendant à l'expropriation du capitalisme est 
étrangère à l'économie; elle ne s'explique que 
par Terreur commise par Marx. 



LE SOCIALISME MARXISTE. 3^ 

Rappelons ici cette erreur, fondement de 
l'œuvre marxiste, que Ton saisit sans peine 
dans ce petit livré traduit en français sous le 
titre Salaires, Prix et Profits (chacun sait que 
l'énorme Capital n'est en somme que le long 
développement de cette étude). Marx, vous le 
savez, ayant fourni à son tour une théorie de 
la valeur (fausse, nous le verrons tout à 
l'heure), Marx aborde le problème du profit 
capitaliste. 

On reste confondu devant la pauvreté de 
l'explication qu'il en donne. Marx admet tout 
d'abord, sans même daigner fournir un com- 
mencement de preuve historique, que la so- 
ciété capitaliste prive le travailleur de l'usage 
indépendant de sa force de travail. Ceci étant 
donné, Marx établit, le plus sereinement du 
monde, que le travailleur sera obligatoire- 
ment un salarié. Il suppose, pour la commo- 
dité du raisonnement, que six heures de travail 
sont le temps moyen pour produire la quan- 
tité moyenne de choses nécessaires à la vie du 
travailleur. Toutes ces suppositions gratuites 
étant faites, nous arrivons à ce que Marx 
appelle le point décisif. Le travailleur loue sa 
force de travail au capitaliste. Le capitaliste, au 
lieu de faire travailler son salarié six heures 



22 



LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



par iour, lui imposera « mettons, dit Marx, 
douze heures par jour ». Et voici le texte 
même de Marx sur le point décisif : 

(( En outre et en sus des six heures qu'il 
faut pour produire son salaire ou la valeur de 
sa force, Fouvrier aura donc à travailler six 
autres heures que j'appellerai heures de sur- 
travail, lequel sur-travail se réalisera en une 
plus-value ou un sur-produit. )) 

Et voilà l'explication du profit capitaliste 
le capitaliste (( empoche », selon l'expression 
de Marx, le travail impayé de l'ouvrier qui est 
constitué par cette fantaisiste plus-value ! C'est 
sur cette colossale absurdité, sur ce raisonne- 
ment vraiment puéril que l'on a construit 
toute une doctrine économique et sociale. 
C'est avec cette fausse théorie du travail im- 
payé, du surproduit empoché parle capitaliste 
que l'on a excité et surexcité les passions ou- 
vrières. Et voyez les conséquences formidables 
de cette erreur de raisonnement : c'est très 
exactement au nom de cette prétendue analyse 
scientifique des faits économiques que les 
maximalistes, marxistes authentiques, ont 
ruiné en quelques mois l'économie russe. 

Si vous voulez bien examiner les doctrines 
socialistes ayant cours en Europe, les reven- 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



23 



dications réYolutionnaires dites ouvrières, la 
liltérature socialiste révolutionnaire, vous 
verrez que ces thèses marxistes, fort simples 
à saisir, sont le fond de tout le mouvement 
socialiste. Cette théorie de la plus-value, 
passée de Marx à ses disciples, de ses dis- 
ciples à ses vulgarisateurs, de ses vulgarisa- 
teurs aux réunions de propagande, substituée 
aux thèses du socialisme français par les soins 
de la cabale marxiste, vous la retrouvez dans 
les discours que tient le moindre apprenti 
enrégimenté dans la section française de Fln- 
ternationale ouvrière ou dans quelque jeu- 
nesse syndicaliste. Ainsi, ce qui, dans certains 
cas, menace la civilisation, dans d'autres, 
entrave ou trouble notre vie économique, ce 
ne sont pas les appétits^ les passions, les 
revendications proprement ouvrières, ce sont 
des idées, des doctrines forgées par des intel- 
lectuels et que continuent de propager et 
d'utiliser des intellectuels et des politiciens. 
Sachons-le, Messieurs, si nous voulons faire 
œuvre utile dans ce monde : cette doctrine, 
dont il est nécessaire, pour le salut du monde, 
de ruiner le prestige, ce n'est pas rue Grange- 
aux-Belles que nous irons la combattre, c'est 
aux environs de la Sorbonnc et de quelques 



24 



LA RÉFORME ECONOMIQUE!, 



Académies, hauts lieux où, naguère encore, 
elle était louée et honorée. 

Rendons-nous tous compte que jamais ces 
idées, ces doctrines n'eussent été mises en 
circulation dans les masses ouvrières si elles 
n'avaient été tout d'abord reçues dans les 
milieux où l'on fait profession de penser. 
C'est seulement après avoir été pensées, 
acceptées, promues en quelque sorte par 
les intellectuels professionnels qu'elles ont 
passé dans les masses ouvrières. Vous savez 
quel prestige a acquis la science dans tous 
les milieux : lorsque les idées et les doc- 
trines marxistes ont pu être présentées aux 
peuples avec une sorte d'estampille scienti- 
fique, sous le patronage de professeurs d'his- 
toire ou de philosophie, ou d'académiciens 
devenus prophètes, alors, et alors seulement, 
elles ont eu un plein rendement dans les mi- 
lieux ouvriers. Allons donc les combattre là 
où elles naissent, là où elles reçoivent la con- 
sécration. Il faut organiser une vigoureuse 
offensive dans les hautes régions intellec- 
tuelles où s'alimentent les élites de toutes les 
classes, bourgeoises et ouvrières. C'est là, et 
là seulement, que nous pourrons atteindre et 
défaire le socialisme marxiste. 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



25 



Critique de la théorie de la plus-value. 
Les éléments de la production. 

Il y a à faire et à refaire une critique scienti- 
fique des doctrines socialistes et, parallèle- 
ment, à construire les doctrines propres à 
entretenir et à accroître la vie économique. 
Le mouvement des esprits et des événements 
nous facilite la tâche : il y a vingt ans, la 
majorité active de la jeunesse était entraînée 
vers le socialisme. Aujourd'hui, la situation 
est renversée; cette majorité de la jeunesse 
est acquise au patriotisme : elle Ta montré sur 
les champs de bataille; les nouvelles généra- 
tions seront plus ardentes encore. Mais elles 
attendent qu'on leur donne un enseignement 
total, où elles trouveront la vérité écono- 
mique opposée aux erreurs du marxisme. 

Si les doctrines du socialisme marxiste 
étaient fondées en raison, si elles étaient 
justifiées par Fexpérience, si leur application 
devait déterminer un accroissement de pro- 
duction, il n'y aurait à leur opposer que les 
intérêts des classes bourgeoises, et je suis 
bien obligé de dire que, au point de vue de 
la civilisation, la défense des intérêts capita- 



36 



LA REFORME EGONOMIQUË. 



listes, dans ce cas, serait tout à fait négli- 
geable. Mais le vrai est que le marxisme ne 
résiste pas à l'examen de la raison, est con- 
damné par la science et l'expérience, et la 
démonstration est faite (sous nos yeux, nous 
le Acrrons plus loin) qu'il détermine une 
baisse énorme de la production, même lors- 
qu'il est appliqué avec toutes les ressources 
de la plus rude autorité. 

N'examinons, dans cette brève conférence, 
que la question centrale, celle de la plus-value 
qui constitue ce profit capitaliste que Marx 
déclare être du travail impayé et volé par le 
capitaliste à l'ouvrier salarié. Si Marx a fait 
cette singulière découverte, c'est qu'il y a été 
amené par une forte erreur dans cette théorie 
de la valeur, qui lui est antérieure et à laquelle 
les socialistes accordent encore un vrai carac- 
tère scientifique. Marx, critiquant les théories 
de la valeur de ses devanciers (et il fait par- 
fois de justes critiques, très pénétrantes), 
aboutit à formuler que la valeur d'une mar- 
chandise fabriquée est déterminée par les 
quantités ou sommes respectives de travail qui 
sont appliquées, réalisées, fixées dans ces mar- 
chandises. Quelle mesure donne-t-il pour 
l'évaluation do ces quantités de travail? Le 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



27 



temps que dure le travail. Il suffît de présenter 
l'analyse de Marx dans ce raccourci, fait avec 
ses propres expressions, pour faire apparaître 
la lourde erreur de Marx aux yeux d'hommes 
habitués aux principes de la méthodisa- 
tion du travail. Tout le monde voit que la 
notion de qualité a complètement échappé à 
Marx, et c'est en grande partie de cet oubli 
que vient son étonnante théorie de la plus- 
valae. Marx mesure les quantités de travail 
d'après le temps de travail. Mais il ne fait 
aucune allusion à ce qui détermine le temps 
de travail. Il ignore, ce qui est devenu pour 
nous une règle d'or (que nous en ayons 
conscience ou non), que le temps de travail 
est : fonction de la conception même du 
travail, de son organisation intellectuelle, de 
la combinaison de mouvements donnée au 
travail; 2° fonction de la valeur d'un autre 
élément (dont on n'aime guère à parler en ce 
temps-ci) : le commandement. Bref, la théorie 
de Marx escamote complètement l'œuvre 
intellectuelle qui précède tout travail, quel 
qu'il soit, et l'œuvre de l'énergie qui com- 
mande sa réalisation. Aujourd'hui, la taylo- 
risation ou, plus justement, la méthodisation 
du travail dans l'industrie fait apparaître 



28 



LA REFORME ECONOMIQUE. 



aux personnes les moins informées des phé- 
nomènes économiques Fénorme part qui 
revient à l'organisation intellectuelle du tra- 
vail dans la production. Au moment oii Marx 
écrivait, le public était en droit de l'igno- 
rer (bien que l'on pût trouver dans l'œuvre 
de Vauban des indications de haute utilité); 
mais Marx, se posant en investigateur scien- 
tifique, n'avait pas le droit de négliger ces 
éléments. S'il avait analysé scientifiquement 
le travail du charron, du métallurgiste, ou 
même du simple casseur de cailloux, il aurait 
vu que tout travail, aussi simple qu'il soit, 
est préparé par une conception qui détermine 
le temps, la quantité et la qualité du travail, 
et par conséquent sa valeur. 

Mais voyez les conséquences de ses erreurs 
initiales : méconnaissant cette œuvre de Tin- 
telligence qui conçoit le travail et ses mouve- 
ments, méconnaissant cette action de l'énergie 
qui le commande, Marx ne peut découvrir la 
vraie nature du profit qu'il nomme profit capi- 
taliste. Puisqu'il ne s'agit que de quantités et 
de temps de travail, le profit ne pourra être 
évidemment que cette plus-value, ce surpro- 
duit, ce travail impayé qu'il croit définir. 
Mieux avertis, plus éclairés, que découvrons- 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



29 



nous? C'est que ce qu'il nomme plus-value 
est rigoureusement l'œuvre du chef d'entre- 
prise. C'est, schématiquement, la différence 
qu'il y a entre la production d'un homme 
travaillant seul, selon ses propres moyens, et 
la production que le même homme fournit 
quand il travaille sous la direction et le com- 
mandement d'un chef qui organise son travail, 
qui règle, par ses conceptions, l'économie 
des forces, du temps et des matériaux, qui 
invente des tâches, les répartit et détermine 
l'utilisation des énergies humaines. Voilà ce 
qui explique, pour une large part, le profit 
du chef d'entreprise, voilà ce qui le justifie 
au point de vue de la production. 

Il y a plus. S'il est vrai que ce profit con- 
stitue en quelque sorte la rémunération du 
chef d'entreprise, il est non moins vrai qu'il 
convient d'en attribuer une part à ceux qui 
exécutent une conception, car l'accomplisse- 
ment du travail dépend aussi de l'intelligence 
avec laquelle ils interprètent instructions et 
ordres. Aussi bien, ce résultat est- il fréquem- 
ment recherché, en dehors du secours de 
toute doctrine, et l'on se préoccupe vivement 
en ce temps-ci de trouver les moyens de faire 
participer le travailleur aux bénéfices, non des 



3o LA RllîFORME ECONOMIQUE. 

entreprises, mais de la production. C'est la 
justice, et l'intérêt de la production le com- 
mande. Mais voici que nous touchons un élé- 
ment que Marx a complètement ignoré : Tinté- 
rêt personnel. Il n'a pas vu que l'intelligence 
organise, que l'énergie commande; il n'a pas 
vu non plus que l'intérêt meut. Le profit du 
chef d'entreprise est nécessaire pour la pro- 
duction. Supprimez-le : l'invention, l'éco- 
nomie du temps, des forces, des matériaux 
tombent en même temps. La raison l'indique. 
L'expérience en fournit la preuve. Nous 
l'avons sous nos yeux. 

Nous avons en effet sous les yeux une vaste 
organisation de travail d'où le profit dit capi- 
taliste est complètement éliminé (en droit, 
tout au moins). Cette organisation occupe 
quelques centaines de mille ouvriers encadrés. 
C'est une merveille d'organisation : tout y 
est réglé admirablement, et je conseillerais 
à beaucoup d'industriels d'étudier sa con- 
ception et son fonctionnement. Eh bien, 
cette merveilleuse machine, dirigée par des 
hommes éminents, a une capacité de pro- 
duction inférieure des deux tiers peut-être à 
une organisation capitaliste; et le gaspillage 
qu'elle fait des matériaux, des forces et du 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



3l 



temps est un fait qui dépasse l'imagination. 
Raison, raison unique : l'intérêt manque ; du 
plus humble des manœuvres au plus émi- 
nent des conducteurs, nul n'est intéressé, par 
un profit quelconque, à l'économie et au bon 
emploi du temps, des forces et des matériaux. 

Je ne crois pas qu'il faille chercher ailleurs 
TexpUcation du faible rendement de la pro- 
duction et du gaspillage aux armées, — car le 
lecteur a déjà compris que cette vaste orga- 
nisation est celle du travail aux armées. On a 
cherché à expliquer ces défauts par le fait 
militaire ou administratif. La vérité est que, 
sans le savoir sans doute, les hommes du 
xix^ siècle, qui ont donné cette organisation 
aux armées, ont réalisé une organisation 
socialiste sous l'influence des idées du siècle. 
C'est du socialisme autoritaire. Heureuse- 
ment mitigé d'ailleurs, par une hiérarchie 
qui, elle, n'est pas conforme aux principes 
socialistes, et qui, constituant à l'intérieur 
de la machine un organisme de comman- 
dement, disposant de rudes sanctions, par- 
vient à la mouvoir au nom de la discipline et 
en faisant des appels incessants au bon 
vouloir, à l'honneur et au patriotisme. Vous 
imaginez aisément que, si cet organisme de 



32 



LA RÉFORME ÉCONOMIQUÊ. 



commandement venait à manquer, tout 
s'écroulerait, malgré le patriotisme certain, 
évident, ardent, des soldats ouvriers et de 
leurs chefs. 

Nous atteignons ici le dernier élément de 
la production, celui qui est la clef de voûte de 
tout édifice économique : le commandement. 
Une étrange pudeur donne trop de réserve 
à un grand nombre d'écrivains économistes 
sur ce point. On reconnaît volontiers dans la 
création économique l'action du travail, de 
rintelligence et du capital. Mais pourquoi, à 
l'exemple de Marx, laisse-t on dans l'ombre 
l'action du commandement, de l'énergie qui 
saisit et exerce l'autorité.^ Redoute -t- on 
l'usage du mot qui n'eut pas la faveur du 
siècle passé. ^ Mais on ruinerait la chose elle- 
miême si l'on taisait son nom. Nous cherchons 
la vérité : il apparaît, aux yeux du chercheur, 
que le rendement des divers éléments de 
la production, travail, intelligence, intérêt, 
capital, est absolument subordonné à la vertu 
de l'énergie du commandement qui les 
assemble, les meut, et les fait concourir à 
l'œuvre commune. Il en est des bataillons 
économiques comme des armées : en défi- 
nitive, ils ne valent que par l'énergie du 



LE SOCIALISME MARXISTE. 



33 



commandement qui les fait agir. Redressons 
donc la notion d'autorité dans le travail, si 
nous voulons que la fonction soit pleinement 
exercée pour le salut général. 

Nous pouvons voir toute Téletidue de 
l'erreur marxiste : ce profit du chef d'entre- 
prise> que Marx croyait être du travail 
impayé, ce n'est point le profit capitaliste, 
c'est, en vérité, la rémunération de l'intel- 
ligence organisatrice, de l'énergie et du com- 
mandement, et le stimulant nécessaire de 
l'activité productrice. Rappelons enfin que ce 
profit ne devient même pas la part du chef, 
puisque la plus large part est immédiatement 
réemployée dans les entreprise^ nouvelles. 



VALOIS RÉFORME. 



3 



34 



LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



LE SYNDICALISME 

Le socialisme marxiste, reposant sur une 
interprétation aussi fausse des phénomènes 
économiques, serait absolument impuissant à 
résoudre les problèmes du temps présent. 
Nous avons même le droit de prévoir qu'une 
tentative de réalisation de sa part entraîne- 
rait une catastrophe pour la civilisation. 
Mais individualisme économique et marxisme 
étant également impuissants à soutenir et 
accroître la production, quel système se pré- 
sente à nous ? 

Tout nous l'indique : la doctrine et Fexpé- 
rience sont d'accord pour nous engager dans 
la voie de l'association, du syndicalisme 
étendu à toute la production. Et je n'hésite 
pas à dire immédiatement : syndicalisme 
patronal et syndicalisme ouvrier, créés et 
fonctionnant, non dans le cadre incertain des 
classes, mais dans le cadre net et déhmité des 
régions, des professions, des métiers et des 
différentes fonctions du travail. 

Il nous apparaît nettement que la produc- 
tion n'est pas un monde où chacun est libre 
de patauger à sa guise, dépasser, de séjourner, 



LE SYNDICALISME. 



35 



de s'enrichir plus ou moins vite pour se 
reposer ensuite. La production est une fonc- 
tion sociale qui doit avoir ses règles rigou- 
reuses si Ton veut utiliser pleinement les 
ressources d'une nation. Il est bon, il est 
nécessaire que Ton s'y enrichisse, puisque 
c'est la condition même de l'action écono- 
mique. Mais la tâche du producteur, de l'or- 
ganisateur de la production dépasse l'enri- 
chissement. Elle est essentiellement de tirer 
d'un sol donné, dans un temps donné, au 
milieu de conditions économiques et sociales 
données, le maximum de rendement pour 
le bien de la nation. Nous savons que la 
production anar chique que nous avons 
connue avant la guerre est hors d'état de 
tirer ce parti des ressources de notre époque. 
Chacun s'y considérait comme un petit sou- 
verain qui ne devait de comptes à personne 
et qui réglait le mouvement de sa profession 
selon son caprice, son humeur et ses appé- 
tits plus ou moins grands. Avec ce système, 
ou cette absence de système, pas de règles 
corporatives, aucune garantie exigée des pro- 
ducteurs, pas d'action commune ni pour le 
règlement des affaires intérieures entre patrons 
et ouvriers, ni pour l'expansion économique. 



LA RÉFORME ÉCONOl^IQUE. 



Il est bîeti évident qxié ce n'est pas atec ûe 
pareils pt*océdés que ilous plarvieridrions à 
réaliser Faugnlentàtion formidable de pfo- 
ductioii qùi sera nécessaire après la guerre. 

Uîi grand nombre de Français l'ont compris 
ët, surtout depuis la guerre, le mouvement 
syndical a pris une vigueur riche de pro- 
niesses. Mais comme nous somrties loin encore 
de l'organisation nécessaire ! Le mouvement 
est entravé de toutes parts par les préjugés, 
les habitudes individualistes, lés survivances 
des idées économiques du siècle passé. Nous 
àurdns à faire une longue propagande, 
parallèle au travail d'Organisation pratique, 
jDOur réduire ces résistances tenaces. Disons 
que nous serons fortement aidés par les 
circdhstances, car la généralisation du syndi- 
calisme sera reiidue absolument nécessaire 
par les premiers problèmes de la paix, comme 
hous le verrons plus loin à propos d'une ques- 
tion d'ordre pratique. 

Un de nos conférëriciers nous présentera 
prochainement, vous le savez, un admirable 
plan d'organisation dont le très grand mérite 
sera d'être un plan conforme aux données 
des plus récentes expériences. Ce plan inté- 
resse là production tout cntiètë. liésëfVons- 



LE SYNDIGAl-ISMÎS- 



37 



nous donc pour le jour où nous pptenclron^ 
nolrp collègue, Limitoîis-nous ici à marquer 
les principes généraux qui sont dès mainte- 
nant dégagés de la vie économique noiiA^elle ; 
le système économique dans lequel nous 
entrons et dont nous devons hâter la réali- 
sation considère le producteur pomme nne 
sorte de délégué A Tadmini^tration, à la 
production et à la conservation des richesses; 
dans ce système, l'action du producteur doit 
être subordonnée à l'intérêt de la production 
générale et à l'intérêt national, non par 1^ 
conscience qu'il aura de ces intérêts, mais 
p^ir des institutions, syndicats et organes 
d'Etat, qui lui^n imposeront le respect. Enfui, 
il n'y aura de véritable ordre économique que 
lorsque toutes les associations de producteurs 
seront réunies par des organes communs 
selon la profession, le métier, l'industrie,, la 
fonction, la région. 



Nécessité du syndicalisme ouvrier. 

Parlons plus longuement du syndicalisme 
ouvrier et de ses relations avec les organi- 
sations patronales. La question est singuliè- 
rement délicate, Mais nous avons le plus 



38 LÀ RÉFORMÉ ÈGONOMÎQtfÈ. 

grand intérêt à la traiter sans préjugés, non 
selon nos humeurs et nos sentiments, mais 
aux points de vue de Fintérêt de la produc- 
tion et de l'intérêt national. De ces deux 
points de vue, le syndicalisme ouvrier appa- 
raît comme un fait nécessaire et utile, qui 
peut et doit devenir un élément d'ordre et de 
progrès dans la vie économique. 

Dans un Etat économique dominé par la 
grande industrie et les grandes entreprises de 
transport et de commerce, il est absolument 
impossible que l'ouvrier et l'employé vivent 
dans l'individualisme. L'association volontaire 
et libre des ouvriers, proclamée nécessaire, 
dès i865, par une grande voix autorisée pour 
parler au nom des plus hauts intérêts de l'Etat, 
est une nécessité économique et nationale 
pour limiter les crises et pour protéger la vie 
ouvrière contre les abus inévitables des puis- 
sances qui régentent l'économie. 

La défense de la vie ouvrière ne peut pas 
plus être laissée à la seule bonne volonté et à 
la seule initiative des chefs d'entreprise que 
la bonne exécution du travail ne peut être 
laissée à la seule initiative et à la seule bonne 
volonté des ouvriers. Loyauté et conscience 
doivent être étayécs, représentées par des insli- 



LÈ SYNDICALISME. 



39 



tutions qui équilibrent les forces et rendent 
impossibles les abus de force. 

L'expérience du xix^ siècle nous éclaire : il 
est certain que la naissance et la croissance 
des grandes entreprises ont causé de graves 
dommages à la vie et à la famille ouvrières. Les 
appels à la charité, au sentiment du devoir ou 
de justice adressés aux chefs de l'économie 
n'ont pu déterminer de changements heureux 
et définitifs. Pour un patron respectueux de 
ses hautes obligations sociales et nationales à 
l'égard de ses ouvriers, combien y man- 
quaient, par ignorance autant que par indiffé- 
rence.^ Aucune institution ne limitant l action 
patronale en ce qui concerne les ouvriers, on 
a été trop souvent conduit à améliorer une 
situation industrielle difficile par des com- 
pressions de salaires ou par des chômages arti- 
ficiels, plutôt que par une amélioration de 
l'outillage. La famille ouvrière a été dislo- 
quée, tous ses membres, hommes, femmes et 
enfants, ont été pris par l'usine, et laissés sans 
sécurité contre la maladie, la vieillesse et la 
mort. 

Au point de vue social, il est certain que, 
pendant un bon siècle, nous avons marché à 
reculons. Qu'en est-il résulté.^ Les troubles 



^0 LA RÉFORME EQONOMîQUE. 

profonds dont îioug souffrons aujourd'hui et 
dont le développen^eîit serait un péril pour la 
civilisation. Les classes ouvrières, longtemps 
privées des biens que peut donner notre pro- 
grès économique, détachées de leurs propres 
traditions, par l'affaiblissement des liens fami- 
liaux, ne possédant aucun organe régulier de 
défense, ont été livrées aux intellectuels, aux 
politiciens, aux agitateurs qui ont exploité 
leurs maux et leurs désirs pour les gagner aux 
doctrines socialistes, voire anarchistes. U y a 
eu un temps où ce socialisme, et nniême Fanar- 
chi^me, représentés par des hommes géné- 
reux, pouvaient n'apparaître que comme une 
réaction contre Findividualisnie économique. 
Vous savez que, ensuite, est venu le temps ou 
la propagande des doctrines n'a plus été que 
le masque d'une industrie par laquelle le^ 
exploiteurs des besoins et des passions popu- 
laires parvenaient à la fortune, au pouvoir et 
aux honneurs. Vous savez aussi que, devant le 
développement de cette basse industrie, cer- 
tains chefs de l'économie nationale ont cru 
habile de s'entendre secrètement avec les agi^ 
tateurs et les politiciens, afm de s'assurer 
contre les risques des grèves et des émfîutes. 
C'est l'association de George Dçipdin et 4e 



LE SYNDICALISME. 



4ï 



Mandrin. Mais aux dépens de qui? Des ouvriers, 
que l'on trompait indignement, et de la Patrie, 
contre laquelle se faisait la pire des propa- 
gandes (dont on gémissait, mais que l'on tolé- 
rait, contre laquelle on ne réagissait pas, tant 
qu'elle ne s'exprimait pas dans des mouve- 
ments économiques). Nous n'avons pas le droit 
de laisser continuer ce jeu sinistre qui met en 
péril l'existence même du pays. Il faut que 
nous sortions de cette anarchie économique et 
sociale, pays de Cocagne des financiers et des 
politiciens sans scrupule S où les chefs d'en- 
treprise sont sans défense contre l'étranger, 
où les ouvriers sont sans défense contre les 
abus de puissance des maîtres de l'économie 
et de la politique et vivent détaches du pays 
dans l'insécurité de ce régime périmé qu'est 
le salariat. Cherchons donc à établir l'ordre 
où les intérêts de tous auront leurs propres 
organes de défense et de progrès. 

Par quelle voie.^Il n'en est point d'autre 
que la voie syndicale. 11 faut reconnaître défi- 
nitivement ce grand fait du syndicalisme 
ouvrier, non comme une force anarchique, 
mais comme une force d'ordre, et traiter 

I. Expressions de M. Georges Sorel. 



LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



loyalement avec lui. Vous entendez bien qu'il 
s'agit ici du syndicalisme authentique, auto- 
nome, d'origine vraiment ouvrière, et non pas 
de ce syndicalisme apocryphe, façade d'in- 
térêts patronaux, qui a eu la faveur de certains 
représentants de la bourgeoisie, il y a quelques 
années. 

Or , c'est contre le syndicalisme vrai 
qu'existent encore les plus fortes préventions. 
Mais les préventions ne viennent que d'une 
vue incomplète de la réalité. Depuis long- 
temps, et surtout depuis le fameux premier 
mai 1906, où un journaliste effraya la popula- 
tion parisienne avec (( la Révolution qui vient » , 
on a considéré, dans certains miUeux bour- 
geois, que l'idée de révolution sociale est un 
produit du syndicalisme ouvrier. C'est une des 
plus grandes mystifications du siècle. Cette 
idéologie révolutionnaire qui a terrifié un cer- 
tain nombre de personnes en France et en 
Europe est, nous le marquions au début de 
cette conférence, un produit d'intellectuels et 
de bourgeois dévoyés. Elle est tout à fait étran- 
gère au syndicalisme, qui l'a subie tout comme 
la bourgeoisie a subi l'idéologie ou, plus juste- 
ment, la blagologie des politiciens qui ont pré- 
tendu la représenter. Il est incontestable que 



LË SYNDICÀLtSMË. 



43 



le syndicalisme ouvrier est assez profondément 
pénétré par l'idéologie marxiste; mais ce fait 
ne doit pas nous conduire à confondre deux 
choses aussi distinctes. Le salut est de faire la 
distinction. Distinguons donc : nous avons 
devant nous : i*" un mouvement économique et 
social d'association ouvrière contre lequel il 
ne doit y avoir aucune opposition de principe ; 
2° un mouvement de pensée, de propagande 
intellectuelle, qui prétend interpréter et diriger 
le mouvement ouvrier, et qui permet à des 
politiciens, et même à des capitalistes, de 
contrôler la vie ouvrière et d'exploiter les 
revendications économiques pour des fins 
politiques. 

Quelle erreur serait la nôtre si, confondant 
les deux mouvements, nous essayions d'en- 
traver le mouvement d'association ouvrière! 
Alors, nous fortifierions l'exploitation politi- 
cienne; alors, nous permettrions encore que 
l'on berne le prolétariat en lui montrant des 
bourgeois ou des patriotes ennemis de ses 
libertés. Le salut est au contraire de favoriser 
l'association ouvrière et de mener une rude 
offensive contre les idées avec lesquelles on 
a tenté de corrompre l'intelligence ouvrière. 
Soyons assurés que si nous accomplissons 



44 



LA REFORME ECONOMIQUE. 



cette tâche er\ respectant scrypuleusement 
rii^dépendance des syndicats ouvriers, nous 
trouverons des eoocours ardeqts dans les 
classes ouyrières, qui sont ausgi désireuses 
que les classes bourgeoises de pe libérer de 
la tutelle du commun adversaire : Tagitateur 
politicien. 

Déchirons donc le déguisement pnar^^iste 
qUQ l'on a imposé au syndicalisme. Que 
voyoïis-nous alors Un mouvement d'asso- 
ciation qui doit devenir un des plus précieux 
éléments de la reconstruction nationale, un 
des régulateurs de la vie économique, un des 
plus vifs stimulants de l'activité patronale. 

Voyez quels objectifs les plus qualifiés des 
syndicalistes assignent eux-mêmes à la vie 
économique lorsqu'ils la conçoivent en dehors 
de l'idéologie marxiste : en juillet 191 8, au 
Congrès confédéral, M. Jouhaux formulait ces 
objectifs d'une manière remarquable, et, en 
septembre, dans une sorte de programme éco- 
nomique donné par la Bataille \ on les retrou- 
vait dans deux formules saisissantes : 

(( La formule doit être, disait le programme 
de la Bataille, pour la classe ouvrière : 



1,21 scplcrpjiro 1913. 



Le SynéiicaLisme. 



45 



Maxiiïltiîn de production dans le minimum 
de temps de présence, pour un maximum de 
salaires ; pour le pati-onat : maximum dés déve-- 
loppemerlt de l'outillage pour un maximum 
de reridement awc le minimum de frais 
généraux. » 

Voici, formulé par un syndicaliste ouvrier 
notoire, aveô la ratification du Congrès con- 
fédéMl, un pl^ogramme économique auquel 
je tie vois auculie objection de principe pos- 
sible. Aussi bien, il est purement syndica- 
liste et il est incontestable qu'il est dominé 
pat* Uîie Vue qui dépasse les seules classes 
ouvrières et s'éteud à la nâtion. Si j'ajoute 
que M. JoUhaui indiquait, dans son discours 
de juillet, qu'il attendait de l'action syndicale 
ouvrière « qu'elle provoquât le perfectionne- 
ment de la technique », on apercevra l'étendue 
des services que peut rendre un syndicalisme 
libéré au renouvellement des méthodes de 
production. 

Il ne vous échappe pas que je détache les 
formules de M. JouhauX de Ce qui les précède, 
les suit ou les enveloppe, toutes choses sut 
quoi il est bon de ne pas nourrir d'illusions 
qui seraient aUssi imprudentes pour ceux qui 
les portèraietit que déplaisantes pour celui ou 



46 



LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



ceux qui en seraient l'objet. Que veut-on et 
peut-on faire de ces principes, dans un syndi- 
calisme profondément tourmenté? Gela dépend 
des hommes, de leur formation, de leurs liens 
et des cadres où ils se meuvent. Mais ceci est 
une autre histoire, et nous nous bornons à 
retenir (et à bien retenir) les formules préci- 
tées afin de montrer qu'un homme comme 
M. Jouhaux est amené par la logique syndi- 
caliste à assigner au syndicalisme ouvrier des 
objectifs qui peuvent être acceptés par tous 
ceux qui participent à la vie économique. 

C'est de ce syndicalisme pur qu'il faut sou- 
haiter le développement ; c'est avec lui que 
les organismes patronaux devront traiter, et 
c'est en lui qu'ils trouveront les organes né- 
cessaires pour travailler avec eux à la régula- 
risation du marché du travail , à l'enseigne- 
ment technique, à l'action sur l'école en vue 
d'en faire la préparation à l'usine et à la terre, 
à la sélection des travailleurs, à la réduction 
des crises et du chômage. Enfin, c'est par les 
limitations qu'il établira en ce qui concerne 
les salaires et les conditions de travail qu'il 
déterminera les chefs de l'industrie et du com- 
merce à perfectionner leurs entreprises, à 
méthodiser ce travail, à rechercher leur accrois- 



LE SYNDICALISME. 



47 



sèment dans la conquête de nouveaux mar- 
chés, dans le perfectionnement de la tech- 
nique. Les revendications ouvrières, quand 
elles ne sont pas le fruit de l'agitation systé- 
matique, ont ceci d'excellent qu'elles obligent 
les chefs de l'économie à l'effort et au progrès. 

La production organisée et unie. 

Mais quels seront les principes de l'organi- 
sation, de cette sorte de haute collaboration 
que nous entrevoyons.^ Seront-ils ceux qui 
nous sont offerts aujourd'hui ? Est-il désirable 
que se développent parallèlement deux vastes 
organismes, l'un ouvrier, l'autre patronal, qui 
traiteraient par leurs comités confédéraux ? 
Nous ne le croyons pas. Des organismes de ce 
genre ne seraient pas des organismes écono- 
miques : construits exclusivement selon les 
caractéristiques de classes, ce seraient des or- 
ganes de classe, et non des organes de pro- 
duction. Tranchons : ils deviendraient sûre- 
ment des organes de guerre civile. C'est dans 
une autre formation qu'il convient de chercher 
le salut : c'est dans le cadre de cette Confé- 
dération générale de la Production dont M. le 
lieutenant Bruyant vous exposera prochaine- 
ment le plan établi selon les leçons de l'expé- 



48 LA REFORME ECONOMIQUE. 



rience, magistràlement interprété par notre 
collègue en vue de l'avenir. C'est dans les 
cadres d'une union générale de tous les pro- 
ducteurs, où, aux dilFérents échelons de la vie 
économique, corporative, régionale, natio- 
nale, les syndicats ouvriers et patronaux se 
rencontreront en toute indépendance, que 
pourra s'établir la haute collaboration des dif- 
férents éléments de la production, que pour- 
ront se résoudre les inévitables et toujours 
renaissants antagonismes, en dehors de toutes 
personnes interposées, en dehors des agita- 
teurs professionnels et des politiciens, à l'abri 
des interventions de Tétranger, pour le plus 
grand bien de la production et de la nation. 



LE PROBLÈME DE LA DÉMOBILISATION 



Solution syndicale et corporative. 

Nous voudrions conclure par l'esquisse 
d'une application pratique des vues générales 
que nous avons eu Tlionneur de vous exposer 
aujourd'hui. Aussi bien cette esquisse vous a- 
t-elle été annoncée au début de cette confé- 
rence lorsque Ton a considéré le grand pro- 
blème de la démobilisation que nous devons 
être prêts à résoudre dès la fin des hostilités. 

Ce problème est double : premièrement, il 
s'agit de réintégrer les combattants et mobi- 
lisés dans la vie économique, de déplacer les 
producteurs transplantés et de rendre à la vie 
familiale femmes, jeunes filles et enfants ; 
deuxièmement, il s'agit d'envisager les com- 
pensations qui devront être données aux 
combattants et aux mobilisés. 

VALOIS — RÉFORME ' !i 



OO LA RÉFORME ÉCOiNOMIQUÉ. 

A la lumière des principes que nous avons 
extraits de la vie contemporaine^, ne voit-on 
pas immédiatement que les associations syn- 
dicales, patronales et ouvrières vont nous 
fournir le moyen de résoudre ce double pro- 
blème, avec le moindre désordre, la plus 
grande rapidité, les moindres frais, les plus 
grandes certitudes d'arriver à un résultat sa- 
tisfaisant à la fois, dans la plus large mesure 
possible, les intérêts individuels, les senti- 
ments et passions des combattants, les inté- 
rêts de la production et ceux du pays? 

Considérons comme admise Tobligation gé- 
nérale de rendre le mobilisé à sa corporation 
et, chaque fois que cela sera possible, de le 
replacer à Fendroit même où il était au 
i^"^ août 191 4. Du fait des innombrables 
modifications économiques qui se «ont pro- 
duites pendant la guerre, il est à prévoir 
que de nombreux travailleurs ne sauront où 
se rendre. On ne peut songer à demander à 
l'Etat d'assurer leur réintégration par ses éeuls 
moyens administratifs. (Et il s'agit de trouver 
un moyen qui ne coûte à l'Etat que des frais 
infimes, et il s'agit d'aller vite.) Or, avec le 
système syndical, tout s'éclaire et se simplifie. 

Que l'Etat donne çlux syndicats, au nom de 



ÈL PROBLÊME DE LA. DÉMOBILISATION. 5l 



la nation, l'obligation de préparer la ren- 
trée des ressortissants de leur corporation et 
d'établir, de concert avec les services spéciaux 
du ministère de la Guerre, le livret de démobi- 
lisation de chacun. L'Etat mobilisera en quel- 
que sorte les présidents et secrétaires de syn- 
dicats pour cette tâche qui sera accomplie 
selon les directions générales qu'il donnera. 
Syndicats patronaux et syndicats ouvriers s'en- 
tendront tout d'abord sur les conditions nou- 
velles qu'il y aura lieu d'appliquer aux ren- 
trants. Puis, les syndicats patronaux, investis 
du pouvoir de se faire donner les renseigne- 
ments nécessaires par tout chef d'entreprise 
de leur corporation, inviteront les chefs de 
maison à prendre toutes mesures utiles pour 
récupérer leurs mobilisés et licencier les rem- 
plaçants, femmes et jeunes filles, dans des 
conditions telles que l'on aura la plus grande 
espérance possible que les personnes licen- 
ciées, retrouvant leurs maris ou leurs pères, 
seront hors des atteintes de la misère. Les per- 
sonnes qui ne pourraient être licenciées sans 
dommage et qui se trouveront néanmoins sans 
emploi ou sans travail par suite de Ja rentrée des 
mobilisés seront mises à la disposition du Syn- 
dicat qui leur offrira les places libres dans les 



5a LA RÉFORME ÉCONOMIQUE. 

maisons déficitaires en ce qui concerne le per- 
sonnel, ou dans une autre corporation, par en- 
tente avec un syndicat voisin, si la corporation 
entière est au complet. Auparavant, le syn- 
dicat s'occupera de placer, soit parmi les siens, 
soit dans les maisons d'un autre syndicat, 
ceux des mobilisés de sa corporation qui se 
trouveraient sans emploi ou sans travail par 
suite de la disparition ou de la ruine de 
leurs employeurs . 

Ces opérations faites, chaque syndicat est 
en mesure d'établir les livrets de démobili- 
sation de ses ressortissants et de remettre à 
l'autorité militaire des fascicules qui indique- 
ront que le soldat, ou le sergent, ou le sous- 
lieutenant un tel se rendront le troisième ou le 
seizième jour de la démobilisation de leur 
classe, dans telle ville, telle rue, tel numéro, 
telle maison où leur place est prête dans les 
conditions prévues par l'accord établi entre eux 
et leurs employeurs et garanti syndicalement. 

Dans chaque corporation, il restera, si Ton 
peut dire, un solde débiteur ou un solde cré- 
diteur. Les industries nées de la guerre auront 
un solde créditeur énorme. On peut prévoir 
que certaines corporations seront créditrices 
régionalement, et déficitaires nationalement. 



LE PROBLÈME DE LA DÉMOBILISATION. 53 



Des ententes entre syndicats de différentes 
régions ou syndicats de différentes corpora- 
tions devront établir la balance. 

Les résultats de ces opérations (dont le 
principe est, nous le voyons, extrêmement 
simple) doivent être que, en quelques mois, 
tout syndicat sera en mesure de donner aux 
services de la guerre un état général indiquant, 
d'une manière absolument précise, le nombre 
de ses mobilisés pourvus du fascicule de dé- 
mobilisation, le nombre de ses manquants ou 
de ses chômeurs, tous échanges étant faits. 

Ce travail suppose évidemment une orga- 
nisation considérable, exigera une collabora- 
tion nombreuse. La tâche est grande et lourde, 
mais vous admettrez qu'elle n'est pas au-des- 
sus de l'intelligence humaine, et que notre 
esprit d'organisation est assez souple et vif 
pour la mener à bien. Ce n'est qu'une ques- 
tion d'ordre, de méthode et de bonne tenue de 
fiches. Dix fonctionnaires intelligents suffiront 
pour l'établissement d'un plan général. Pour 
l'exécution, les syndicats s'en chargeraient 
aisément, et, puisqu'il s'agit de travailler avec 
les moindres frais^ il sera facile, dans chaque 
corporation, de constituer des bureaux de 
démobilisation avec le concours des membres 



54 LA RÉFOR^ME ECONOMIQUE. 

honoraires, des femmes et des jeunes filles au 
dévouement de qui on n'a jamais fait appel en 
vain dans ce pays-ci. 

. La Part du Combattant, 

Il reste le second aspect du problème, la 
grosse question de l'indemnité de combat ou 
de campagne à attribuer aux combattants et 
aux mobilisés. Si la guerre avait duré quel- 
ques mois, la questionne se serait guère posée ; 
mais au bout de quatre, de cinq ans de guerre, 
elle se pose, et ne peut rester sans réponse. 
Vous savez que la réponse a été donnée, 
depuis plus de deux ans, par un grand écri- 
vain français et que le principe de la Part du 
Combattant est aujourd'hui admis par des 
hommes éminents et incorporé aux vœux des 
intéressés. 

Mais supposons que le principe n'ait pas été 
formulé, ou qu'il demeure lettre morte, et ima- 
ginons ce qui se passerait à la rentrée des 
mobilisés. Le combattant rentre, avec ses 
croix, ses médailles et ses blessures. Son pa- 
tron le félicite, lui rend sa place à l'atelier, au 
comptoir, au bureau. Et puis.^ Ce serait tout! 
Quoi, cet homme aurait sacrifié deux, trois, 



LE PROBLKiME DE LA DEMOBILISATION. 55 



quatre, cinq ans de sa vie pour sauver les 
biens immatériels et matériels de la France, 
pour sauver du désastre cette maison où il 
revient travailler, et sa seule récompense, ce 
serait la gloire qui lui a coûté ses économies, 
son avancement, Toubli de son métier, et qui 
aura peut-être compromis sa santé? sa seule 
récompense, ce serait d'être assis au même 
bureau qu'autrefois, debout derrière le même 
comptoir, penché sur le même établi ou sur 
le même étau, faisant le même travail, dont il 
serait maintenant distrait par la pensée des 
années perdues et des économies détruites ! 
S'il devait en être ainsi, nous entendrions la 
voix sacrilège qui a posé la question : « Pour- 
quoi te bats-tu? » souffler la réponse : (( Pour- 
quoi t'es-tu battu? C'était pour sauver le 
capital de celui qui t'emploie et t'exploite. » 
Messieurs, c'est pour la France que nous nous 
sommes battus : nous demandons aux Fran- 
çais d'organiser la reconnaissance du pays ! 

Il ne faut pas songer à laisser à l'Etat le soin 
d'organiser cette reconnaissance. L'Etat n'a 
ni les ressources, ni les moyens d'accomplir 
cette tâche. La lui laisse-t-on, il sera obligé de 
créer de nouveaux bataillons de fonctionnaires 
et d'organiser des enquêtes qu'il ne pourrait 



56 LA RÉFORME ECONOMIQUE. 



mener à bien avant plusieurs années. Et dans 
la situation oïl nous sommes, ce travail devien- 
drait le prétexte de la plus folle des suren- 
chères, qui nous conduirait au désordre et à 
Féchec. Imaginez, en outre, les vives injus- 
tices qui se produiraient avec les interventions 
parlementaires suscitées parles clans. La solu- 
tion prompte, heureuse, efficace, est ailleurs. 
Encore une fois, Forganisation syndicale nous 
fournit les moyens d'agir. 

Que ^'Etat, au nom de la nation reconnais- 
sante, charge les syndicats d'organiser la 
reconnaissance de la nation ; que les syndicats 
constituent chacun une caisse d'indemnité de 
combat et de campagne alimentée par leurs 
membres, par une sorte d'impôt appliqué au 
chiffre d'affaires ou aux bénéfices qu'ils auront 
réalisés pendant la guerre, augmenté des dons 
que consentiront, librement ou discrètement 
contraints, ceux qui auront largement béné- 
ficié du travail de guerre; que chaque çhef 
de maison établisse les droits de ses mobilisés, 
selon le nombre de ses chevrons, de ses 
brisques et de ses citations; que le syndicat 
répartisse ces fonds enfin dès la démobilisation, 
voilà les principes de l'organisation. 

Dira-t-on que l'on met ainsi à la charge des 



LE PROBLÈME DE LA DÉMOBILISATION. 67 

Français une dette lourde à porter? Il est 
vrai : mais la France a été sauvée, mais nos 
biens ont été sauvés. Qui peut hésiter sur la 
décision à prendre.^ 

J'ajoute que nous ne concevons pas cette 
charge nouvelle comme devant être absolu- 
ment supportée par les Français. Elle fait 
partie des dommages de guerre que nous 
avons à inscrire au débit de ce compte déclaré 
ouvert par le Président du Conseil. On ima- 
gine qyie les corporations feront le total de ces 
charges et qu'elles demanderont à l'Etat de 
les récupérer sur l'ennemi responsable de la 
guerre. L'idéal serait que chaque corporation 
ennemie eût à payer les dommages causés à 
chaque corporation française correspondante. 
On peut enfin imaginer que les sommes ainsi 
récupérées seraient réparties, par les soins de 
l'Etat, entre les syndicats français avec charge 
pour eux de les employer à notre expansion 
économique dans le monde. C'est par ces 
voies qu'un acte de justice peut devenir un 
acte de haute solidarité nationale et un nou- 
veau moyen de prospérité. 



58 



LA 



REFORME 



ÉCONOMIQUE. 



Messieurs, 

Votre attention a été longuement retenue 
sur des problèmes que l'on peut considérer 
comme les problèmes fondamentaux de 
rheure présente. Vous avez bien distingué 
que l'étude qui a été faite devant vous n'est 
point académique et vise aux réalisations pra- 
tiques quasi immédiates. Vous avez distingué 
également que si Ton songe à ces réalisations 
pour d'aussi larges organisations, c'est parce 
que l'on a une entière confiance dans l'esprit 
méthodique et organisateur des Français. 
Nous savons que l'existence de cet esprit a été 
nié par les Français eux-mêmes (confessons 
que nous avons été de ceux-là) et même par 
d'éminents esprits. C'était au temps, où, selon 
l'expression d'un grand écrivain, (( les Fran- 
çais ne s'aimaient pas ». Aujourd'hui, après 
le témoignage que nous avons porté devant le 
monde, nous n'avons plus le droit de douter 
de nous-mêmes. Je ne parle pas seulement de 
l'héroïsme; je parle des vertus d'ordre, de 
méthode, d'organisation dont les Français ont 
donné des preuves éclatantes dans leur travail 



LE PROBLÈME DE LA DÉMOBILISATION. Sq 

industriel pendant la guerre. Des idées, des 
fantômes nous arrêtaient avant la guerre. Mais 
les vertus essentielles de notre peuple demeu- 
raient. 

Devant les nécessités, elles se sont de nou- 
veau révélées dans un travail admirable. Dans 
Tordre industriel, la nation qui a produit un 
Renault, pour ne citer que celui-là, n'a rien 
à envier aux nations amies ou ennemies. Il a 
souvent été dit que notre organisation mili- 
taire était inférieure à sa tâche : nous l'avons 
dit nous-mêmes tout à l'heure, mais nous 
savons que ce n'est pas à cause d'un vice 
essentiel, il s'agit uniquement d'un accident 
historique. Au contraire, nos méthodes mili- 
taires sont d'une supériorité évidente dès 
qu'elles fonctionnent en dehors de ces acci- 
dents. Quiconque a vu le prodigieux redres- 
sement de Verdun en 1916, quiconque connaît 
le chef-d'œuvre d'organisation que ce redres- 
semeînt a exigé, et a vu comment tous y ont 
collaboré, du soldat de deuxième classe au 
général, celui-là sait quelles ressources sont 
au cœur du peuple français. Pourrait-on en 
douter, enfin, lorsque l'on voit la France 
donner à l'aUiance des peuples libres les chefs 
qui les conduisent à la Victoire ! 



Go LA RÉFORME ÉCONOMIQUE. 

Ayons donc confiance en nous-mêmes pour 
Fœuvre immense que nous avons à accomplir : 
l'utilisation de la victoire pour les nouvelles 
constructions sociales et nationales. Quand la 
paix éclatera, nous ne serons pas pris au 
dépourvu si nous savons rejeter à temps les 
entraves que nous nous sommes données au 
siècle dernier. Alors, nous serons prêts au 
travail. Et nous travaillerons en nous souve- 
nant qu'il ne peut être de grande œuvre natio- 
nale sans une idée souveraine qui fasse con- 
courir les efforts de tous au bien commun. 

Cette idée souveraine, nous la possédons. 
C'est celle que nos armes ont opposée aux 
armes allemandes. Les troupes germaniques 
ont marché au combat mues par l'idée de la* 
supériorité allemande pour réaliser la concep- 
tion allemande du monde. Les soldats fran- 
çais n'ont jamais douté qu'ils portaient en eux 
une conception plus haute : la conception 
humaine du monde, qui respecte la liberté 
des nations et qui unit la force et l'esprit. Ils 
savaient que leur terre nourricière, le plus 
beau royaume qui soit sous le ciel, est fécondée 
par ces forces spirituelles qui donnent à ses 
armées le pouvoir d'accomplir ces entreprises 
surhumaines auxquelles, selon la forte exprès- 



LE PROBLÊME DE LA DÉMOBILISATION. 6ï 

sion d'un évêque, Dieu a souri. Ils savaient 
que le pays qu'ils défendent a été longtemps 
premier entre ses pairs par son rôle dans le 
monde pour le progrès de la civilisation et par 
les qualités d'ordre, de mesure, de loyauté 
qu'il a mises en œuvre. Ils pressentaient que 
leur héroïsme rendrait à la France sa place 
d'initiatrice de la civilisation, qui oifre ses 
biens au monde et ne veut pas les lui imposer. 
Ils pressentaient que le jour viendra où la 
France, enfin relevée de ses blessures, ren- 
trant dans le concert des nations, entendra les 
peuples chanter : Bénie soit celle qui vient au 
nom de la Victoire et de la Justice. 

7 octobre 1918. 



FIN 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages, 

L\ Réforme économique et socia.le 5 

Le Problème écoj\omique et social de la Paix .... 8 

Les Systèmes écoinomiques i3 

L'Individualisme i4 

Le Socialisme marxiste i6 

L'Erreur marxiste. La Théorie de la plus-value. . . 20 
Critique de la théorie de la plus-value. Les Eléments 

de la production. 26 

Le Syndicalisme 34 

Nécessité du syndicalisme ouvrier 87 

La Production organisée et unie 47 

Le Problème de la démobilisation 49 

Solution syndicale et corporative 49 

La Part du Combattant 54 



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Les Préjugés ennemis de l'Histoire de France . . . . 7 » 

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Avenir DE l'Intelligence 3.50 1 Riel et Tanger .. .. 4 » 
Enquête SUR LA Monarchie 3.50 | La Politique religieuse 3.50 
L'Action française et la Religion catholique . 3.50 

Le Dilemme de Marc Sangnier 3.50 

Quand les Français ne s'aimaient pas 3.50 

Recueils des Articles de guerre : 

La France se sauve elle-même . . 4 » 
Le Parlement se réunit. 3.50 1 Ministère et Parlement. 3.50 
La Blessure intérieure. 3.50 | La Part du Combattant. . 1.50 

Le Pape, la Guerre et la Paix 3.50 

Les Chefs socialistes pendant la Guerre . . . . 3.50 

OUVRAGES DE GEORGES VALOIS 
Le Cheval de Troie .. 3.50 1 Les Manuels scolaires. 3.50 

L'Homme QUI vient . .. 3.50 | Le Père 3.50 

La Monarchie et la classe ouvrière . . 3.50 

OUVRAGES DIVERS 

Gambetta et la Défense nationale, par H. Dutrail-Crozon. 6 » 

Le Principe des Nationalités, par R. Johannel 9 » 

Les Nuées, par Maurice Pujo.. 3.50 

L'État et la Natalité, par M. de Roux 3.50 

L'Erreur de la Philosophie allemande, par G. Santayana. 3.50 

Anvers et l'Avenir de l'Entente, par Ch. Stiénon . . . . 9 »» 

Les Instituteurs et la Démocratie, par A. Vincent.. .. 2 » 

Majoration temporaire de 3o «/o sur les ouvrages à 3 fr. 5o 
et de 2 0 «/o sur les volumes d'autres prix 
f Décisions du Syndicat des Editeurs des -j 7 Juin i g r 7 et i r Fév. i g 1 8.) 



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